Dans le cadre du premier exercice du cursus de bachelier 1, il nous a été demandé de concevoir un espace d’exposition consacré à l’œuvre de notre choix. Les contraintes de l’exercice imposaient un volume déterminé, aux dimensions fixes de 15 mètres sur 5 mètres.
Choix du tableau
Polyptyque I est un tableau composé de quatre bandeaux superposés formant un ensemble. Celui-ci appartient à une large collection : outre noir. Ce sont des peintures composées d’un unique pigment noir qui envahit la totalité du tableau, la lumière ne s’incruste plus par contraste, mais par reflets sur une matière épaisse agitée de stries et de lissages. C’est à partir de 1979 que l’artiste, bouleversant son système pictural, commence à peindre des toiles totalement recouvertes de la couleur noire. Il utilise tantôt une brosse, tantôt une spatule et répartit le noir en aménageant des plages parfaitement lisses. Ce sont les différentes textures qui, en captant ou en refusant la lumière, donnent au tableau son rythme. Pierre Soulages ne vise donc pas la valeur noire en elle-même, mais la lumière qu’elle révèle. Il peint une relation, celle du noir et de la lumière.
« Je considère que la lumière telle que je l’emploie est une matière“ – Pierre Soulages
A partir de 1985, il élabore une série de polyptyques dont celui-ci. Avec ceux-ci, regard frontal et latéral se combinent. Le regard frontal permet de saisir le tableau dans ses lignes de force et le regard latéral, au contraire permet la perception de toutes ses nuances. Cette œuvre fait partie des neuf polyptyques réalisés par Pierre Soulages entre 1985 et 1987. Il en varie le nombre, l’allure, la proportion des zones striées ou lisses, leur largeur, leur inclinaison mais il conserve l’essentiel : d’une part le pouvoir hypnotique du noir profond; d’autre part; l’élan rythmique donné par l’alternance du lisse et du strié que les diagonales gouvernent.
Mise en scène
Le tableau se trouve sur un palier situé à 4 mètres de haut accolé à la face sud du pavillon. Sa situation en hauteur permet une première vue assez floue à travers la façade diaphane en polycarbonate. Avant d’entrer dans le pavillon, le visiteur pourra être intrigué par cette image brumeuse. Le visiteur passe la porte et se retrouve ensuite directement confronté de loin à une vue sur l’entierté du-tableau, Cette perception à distance d’un grand aplat noir propose une vision intrigante pour le spectateur. Les deux escaliers sont une invitation à explorer cette intrigue et à approfondir sa perception. Ils nous mènent à ce balcon large de 2 mètres. Cette largeur est un parti pris avec une volonté de confronter le spectateur à l’œuvre avec un recul de moins de deux mètres. Ce qui procure au spectateur une autre vision; une vision presque haptique c’est-à- dire qui provoque chez le spectateur, par la vision, une émulation du sens du toucher sans que celui-ci soit physiquement activé. C’est un parti pris de ne jamais avoir la “bonne” distance car quelle est réellement cette distance. C’est donc un choix de forcer les personnes à avoir un rapport à l’œuvre proche, presque intime; rapport qu’ils n’auraient peut-être pas osé établir si le bâtiment ne les y avait pas poussé.
Choix du nom du pavillon
Le clair-obscur est le mot qui décrit le contraste entre les zones claires et les zones sombres dans une peinture. Dans une œuvre figurative, il suggère le relief en imitant l’effet de la lumière sur les volumes. Pierre Soulages qui nous a quittés récemment était le maître du clair-obscur. Il est souvent cité comme un nouveau Caravage travaillant un clair-obscur abstrait. Nommer ce pavillon de cette façon est à la fois un hommage à l’œuvre de l’outrenoir et à la fois une référence à l’aspect contrasté que j’ai voulu de mon bâtiment comme écrin de l’œuvre.





