RÉSIDENCE LES TILLEULS – BRUXELLES

BA3 - 2024-2025

en collaboration avec Sasha Hughes, Romeo Costa & Pierre-Eli Mahussier

Dans l’atelier Umbau, nous travaillons toujours sur la réaffectation du bâti plutôt que sur la construction neuve. L’idée est de transformer et de réutiliser ce qui existe déjà, pour répondre à des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Cette année, le sujet était la maison de retraite.

C’est un programme sensible et très actuel. La question que nous nous sommes posée en groupe était simple : comment transformer un home existant en un véritable lieu de vie ? » Aujourd’hui, les maisons de retraite sont souvent perçues comme des lieux institutionnels et médicaux, où l’espérance de vie moyenne est courte : 34 ou 36 mois. Elles sont pensées comme des lieux fonctionnels, rarement comme des habitats. Notre volonté était de prendre le contre-pied : de l’imagine d’une maison de retraite comme un véritable habitat à échelle humaine.

Nous avons donc travaillé sur la résidence des Tilleuls, avec l’idée de le transformer en un lieu habitable, appropriable et ouvert, et non plus seulement en un établissement médicalisé. Le site se trouve à Saint-Gilles. C’est un home assez important en nombre de resident, avec un atout majeur : une parcelle traversante, ouverte, qui relie deux rues et qui contient un grand espace vert. Cette transversalité est précieuse et elle donne au site une valeur particulière.

Mais aujourd’hui, le bâtiment est en retrait par rapport à la rue, et les espaces communs sont limités et fermés. Notre enjeu était donc clair : garder et amplifier la transversalité, reconnecter le site à la ville, et surtout éviter que le home ne soit isolé du quartier. La residence des Tilleuls a déjà été rénové par Altiplan. La rénovation a permis de mettre le bâtiment aux normes, mais le résultat reste très institutionnel. Il y a un manque d’espaces communs adaptés, et surtout, le lien avec le quartier est tres faible. On a constaté que, même rénové, ce bâtiment ne fonctionne pas comme un lieu d’habitat : il reste marqué par l’image d’un établissement fermé et médicalisé.

Nos intentions étaient de proposer une réponse différente de celle d’Altiplan. Créer un véritable habitat à échelle humaine. Mettre le parc au centre, comme lieu public et intergénérationnel. Diversifier les façons d’habiter, avec trois offres d’accueil. Et enfin, créer des espaces qui améliorent à la fois la vie des résidents et le travail des soignants.

Nous avons proposé trois offres d’accueil complémentaires, qui permettent de mieux s’adapter aux envies, au degré d’autonomie et aux moyens des résidents. Une offre classique, dans le bâtiment principal. Chaque habitant dispose d’une chambre et d’une salle de bain privée. Les résidents sont regroupés en unités de vie d’une vingtaine de personnes, avec des espaces partagés variés à chaque étage. Une résidence-service, dans le bâtiment voisin, où chaque habitant a son propre appartement. Enfin, un habitat partagé, situé dans l’extension. Huit personnes y vivent ensemble, avec des chambres privées, mais partagent un grand séjour et une cuisine commune. Notre volonté était de former un ensemble cohérent, relié fonctionnellement et formellement. Au centre, le parc devient un véritable poumon vert. Il est déminéralisé, végétalisé, et reste traversant. C’est un espace public qui vise à stimuler les rencontres intergénérationnelles et les échanges avec le quartier et les residents.

Pour traduire ces intentions, nous avons posé plusieurs gestes architecturaux forts : L’extension alignée à rue : elle prolonge l’aile existante et rejoint le mitoyen. C’est un geste de couture urbaine, qui reconnecte le home à la rue et à la ville. La galerie traversante : c’est une structure fine et légère qui relie les différentes entrées. Elle crée une promenade douce pour les résidents, une frontière implicite dans le parc, et un lieu de déambulation couvert, essentiel pour les personnes âgées. La galerie se prolonge et se démultiplie sur la façade : elle devient tantôt un balcon généreux, tantôt un jardin d’hiver à la manière de Lacaton & Vassal. Ce geste simple permet de créer de nouveaux espaces lumineux, ouverts sur le parc, tout en ayant un impact très limité sur le bâtiment existant. On va avoir aussi des ouvertures sur le quartier au rez-de-chaussée, nous avons ajouté une épicerie sociale et un café. Ces fonctions, directement reliées au parc et au quartier, apportent de la vie, de l’animation et des opportunités d’échange. L’ensemble de ces gestes vise à transformer l’image du home, en le rapprochant d’un véritable lieu d’habitation. Nous étions quatre à porter ce projet. Notre démarche a été d’essayer de transformer un home fonctionnel en un habitat à échelle humaine. Ce travail n’est pas seulement une réhabilitation technique, mais une tentative de réfléchir à la manière dont nos aînés peuvent continuer à vivre dans la ville, dans de meilleures conditions : dignement, dans un lieu de vie stimulant, et en lien avec les autres. En somme, plus qu’un établissement de soins, nous avons essayé d’imaginer un véritable habitat, pensé à la fois pour les résidents et pour ceux qui travaillent à leurs côtés.